Soutenance de thèse de Delphine Théberge
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28 avril 2026
9h -
En personne et en ligne
Salle Hydro-Québec, local 1210 du pavillon Charles-Eugène-Marchand
Accéder à la rencontre en ligne
Les pratiques de santé en forêt au Québec : une approche transdisciplinaire des savoirs, des représentations sociales et des dynamiques santé-forêt-société
Résumé :
Les pratiques de santé en forêt sont présentes dans les traditions de nombreuses cultures à travers le monde. Depuis quelques décennies, diverses approches scientifiques, surtout axées sur des dimensions biomédicales/biophysiques, ont abordé la question des bienfaits de la fréquentation des forêts sur la santé humaine. Toutefois, les facteurs qui font en sorte que la fréquentation des forêts a des effets bénéfiques sur la santé sont encore mal connus. Cette thèse met l’accent sur les dimensions socioculturelles des pratiques de santé en forêt au Québec (Canada), afin d’approfondir la compréhension de ce phénomène. Le cadre d’analyse, qui s’appuie sur l’approche systémique et les représentations sociales, offre un regard unique sur les liens entre santé et forêt par l’étude croisée d’une diversité de pratiques et perspectives allochtones et autochtones.
Si les bienfaits sur la santé du contact avec la nature sont reconnus culturellement et scientifiquement, pourquoi nos sociétés n’encouragent-elles pas davantage ce contact? À ce propos, l’étude des représentations sociales des praticien·ne·s de santé en forêt est fertile en en pistes de réflexion. Le premier objectif de cette thèse est de décrire les pratiques de santé en forêt, afin de mieux les connaitre et les comprendre. Le deuxième est de mettre en relief les représentations sociales de la santé qui sous-tendent ces pratiques. Finalement, le troisième objectif se concentre sur les représentations sociales de la forêt.
Une analyse documentaire, 28 entrevues semi-dirigées avec des praticien.nes de santé en forêt et des observations participantes ont été réalisées. L’analyse thématique de ces données qualitatives révèle que les pratiques de santé en forêt sont influencées par différents courants qui s’inscrivent dans la rencontre de multiples savoirs. Les résultats suggèrent de grouper les pratiques de santé en forêt en quatre catégories : (a) connexion à la nature; (b) sport, plein air et aventure en forêt; (c) santé et mieux-être autochtone en territoire; et (d) consultation professionnelle en milieu naturel. Bien que chacune de ces pratiques possède ses particularités, elles ont aussi des points communs tels que la place accordée aux émotions et à l’authenticité, les liens entre le corps et l’esprit, ainsi que l’utilisation de métaphores, de comparaisons et d’analogies. Le rôle occupé par la personne praticienne et l’expérience partagée sont aussi au nombre des similitudes identifiées.
Cette thèse aborde ensuite les représentations sociales de la santé véhiculées par les praticien.nes. La santé est vue comme un état d’équilibre entre différentes dimensions : physique; mentale; relationnelle (avec les autres et avec la nature); culturelle et spirituelle. Les représentations de la santé sont également parfois associées aux représentations du risque. En effet, la forêt, et plus largement la nature, peuvent être perçues comme des lieux dangereux. C’est notamment à travers les représentations sociales de la santé et du risque que les pratiques de santé en forêt entrent en adéquation (ou non) avec le système de santé conventionnel.
Finalement les résultats de cette recherche montrent que les représentations sociales de la forêt mobilisées dans les pratiques de santé en forêt se regroupent en cinq catégories : une entité à part entière; un lieu non familier, épeurant, sale et dangereux; un lieu d’attachement; un lieu au cœur des cultures autochtones; et un outil pour améliorer la santé. Ces représentations sociales de la forêt sont liées aux caractéristiques environnementales idéales pour l’exercice des pratiques de santé en forêt, qui varient selon le type d’activité et les clientèles. De manière plus large, les pratiques de santé en forêt amènent à réfléchir à la place des humains dans la nature, une question sur laquelle les perspectives autochtones sont riches en enseignement.
Cette thèse contribue à une meilleure compréhension des pratiques de santé en forêt et à les situer à travers différents systèmes de savoirs et de représentations. L’accent mis sur les dimensions socioculturelles apporte un éclairage unique sur la santé en forêt, ainsi que des pistes de réflexion sur le déploiement, à plus grande échelle, de ces pratiques.
Membres du jury
Président : Eric R. Labelle, Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique, Université Laval
Directrice de recherche : Maude Flamand-Hubert, Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique, Université Laval
Codirecteur de recherche : Hugo Asselin, École d’études autochtones, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue
Examinateur UL : Martin Hébert, Faculté des sciences sociales, Université Laval
Examinatrice non UL : Claire Harpet, Faculté de philosophie, Université Jean Moulin Lyon 3
Examinateur externe : Nicolas Moreau, Faculté des sciences sociales, École de service social, Université d’Ottawa